Que regardons-nous ?
Texte 1 : extrait de « Même Si… » de P. Imbertis
Lorsque je regarde quelqu’un, mon regard se porte spontanément sur son aspect extérieur. Et je sens aussitôt un sentiment de sympathie ou d’antipathie selon ce que je suis. Sa manière de s’habiller, sa façon de se coiffer, les traits de son visage, son regard, ses gestes, le ton de sa voix, son comportement général, tout cela me parle et peut créer attirance, répulsion ou indifférence. En fait, je ne saisis que les apparences, je ne me situe qu’à la périphérie de son être. Si j’en reste aux premières impressions, je ne le vois que d’après moi-même…une interprétation, en somme ! C’est une propension naturelle à la facilité qui me fixe dans des réactions émotives. Peut-être est-il dû en partie au fait que je voudrais trouver chez l’autre ce que j’aime et ne pas y voir les limites ou les imperfections que je découvre dans ma propre vie ? En tout cas, je m’illusionne…
On écrase des jeunes et des adultes sous des jugements rapides et superficiels. Rapidement catalogués, ils se sentent verrouillés par le regard d’autrui, réduits à un seul aspect de leur personnalité, enfermés dans des expériences passées. Et pourtant, ils ne sont pas que cela ! Mais, peu à peu, une considération purement extérieure et souvent négative finit par prendre le champ de leur conscience. Il est alors difficile de se libérer d’un personnage ainsi fabriqué !
Texte 2 : extrait de « Quel bonheur espérer » du cardinal Danneels
L’œil pur voit les hommes tels qu’ils sont, créés à l’image et à l’effigie de Dieu, dans leur vérité, leur bonté et leur beauté, mais aussi dans leur fragilité et leur finitude. Pour voir l’homme tel qu’il est, il faut emprunter le regard de Dieu sur lui, le regarder comme Dieu le regarde, pour l’admirer tout autant que pour l’entourer de son amour et de sa compassion.
Texte 3 : extrait de « Ombre et Lumière N°114 »
A moins de regarder une personne et de voir la beauté en elle, nous ne pouvons l’aider en rien. On n’aide pas une personne en isolant ce qui ne va pas chez elle, ce qui est laid, ce qui est déformé. Le Christ regardait toutes les personnes qu’il rencontrait : la prostituée, le voleur, et voyait la beauté cachée en eux. C’était peut-être une beauté déformée, abîmée, mais elle était néanmoins beauté, et il faisait en sorte que cette beauté rejaillisse. C’est ce que nous devons apprendre à faire envers les autres. Mais pour y arriver, il nous faut avant tout avoir un cœur pur, des intentions pures, l’esprit ouvert, ce qui n’est pas toujours le cas, afin de pouvoir regarder et voir la beauté cachée. Chacun de nous est à l’image de Dieu, et chacun de nous est à l’image d’une icône endommagée. Mais, si l’on nous donnait une icône endommagée par le temps, par les évènements, ou profanée par la haine des hommes, nous la traiterions avec tendresse, avec révérence, le cœur brisé. C’est à ce qui reste de sa beauté, et non à ce qui en est perdu, que nous attacherions de l’importance.