Réflexion pastorale :
« Les grands défis de notre époque »
1. Les grands défis de notre temps :
. Le premier défi est de « réhumaniser » nos sociétés afin de sortir du tout-à-l’économie en luttant réellement et efficacement afin de combler le fossé entre pauvres et nantis, en réintroduisant l’utopie, la prise de risque dans l’imaginaire collectif. Le matérialisme ambiant conditionne tous les projets, toutes les représentations d’avenir individuelles et collectives. Il est urgent de redéfinir la notion de progrès. Pour nous, ce concept ne peut s’appliquer qu’à tout ce qui produit une plus-value humaine généralisable rapidement à l’ensemble du monde en en mesurant au mieux les conséquences directes et indirectes ainsi que l’impact écologique à long terme.
.L’immigration massive d’hommes et de femmes de culture et de religion différentes : après des siècles de pillage des ressources naturelles et d’exploitation de couches entières de la population par les grandes puissances, des continents entiers se sont enfoncés dans une misère noire, sans espoir. Aucune politique sécuritaire, aucun mur, aucune frontière ne pourra endiguer dans les années à venir l’arrivée massive de migrants. Un des grands défis sur le plan social, économique mais aussi spirituel et religieux est de se préparer dès à présent au dialogue, à la communication et à la rencontre.
. Dans les domaines clés de la société comme la santé, l’enseignement, l’aide sociale, l’institution religieuse, les femmes occupent souvent les premières lignes sur le terrain mais elles sont rarement désignées aux postes directionnels. Même si elles sont parfois consultées, elles sont rarement décideuses.
. Réhabiliter la famille comme centre éducatif de base serait un facteur de stabilité sociale : encore faudrait-il pour cela que la course au salaire, le stress et le manque de communication n’hypothèquent pas cette fonction. Un partage du temps de travail et des tâches au sein du couple mais dans la société toute entière semble impératif en ce début de XXIeme siècle (rejoignant en cela le défi premièrement cité)
2. Notre engagement chrétien :
Retrouver la notion de « communauté » dominées par les notions d’échange, de partage, de soucis de l’autre (en famille, au travail, en paroisse,…).en privilégiant à la fois la prise de parole et l’engagement.
Se référant à une transcendance qui considère chaque être humain comme fils de Dieu, prendre la parole en affirmant ce qui fait l’essence de l’Evangile : la non-violence, la justice et le pardon au-delà de la justice, la subversion des mécanismes d’exclusion.
Se référant à la vie publique de Jésus, s’engager au côté des plus pauvres, des exclus, tendre à la communautarisation des biens, accueillir les personnes différentes de nous, éloignées de nos certitudes, lutter au quotidien, par le comportement relationnel, consommateur, professionnel, pour la sauvegarde de la création.
Dans les paroisses, les écoles, les groupes formels ou non, réinventer des lieux de rencontre, d’échange d’idées, d’information. Les chrétiens ne se rencontrant que lors des célébrations liturgiques s’amputent d’une dimension de leur foi.
3. Notre vision de l’Eglise :
Si l’Eglise se définit comme la communauté des croyants, il semble que l’engagement ne faiblit pas : les ONG d’inspiration chrétienne, les expériences fortes pour les jeunes et moins jeunes : rassemblements, groupes de prière Taizé ou Saint-Damien, témoignages de personnes engagées dans et par leur foi, etc.
Notre attente par rapport à l’Eglise-Institution qui donne une certaine visibilité du peuple de Dieu est qu’elle puisse poser des actes prophétiques qui la rapprochent davantage de l’Evangile. Le cardinal Daneels posant en perspective sociale la question des biens de l’Eglise et proposant l’aménagement de logements sociaux va tout-à-fait en ce sens. Il y a alors cohérence entre les actes et la parole. Il est navrant que des lieux de culte entrent dans la spéculation ou la destruction (le plus souvent par abandon…) : ne serait-il pas plus évangélique de voir le couvent des Rédemptoristes hier, des Clarisses demain être offert à une association ou aux représentants d’un autre culte en manque d’espace ? De la même manière, ne pourrait-on céder l’un ou l’autre lieu de culte quasi-désaffecté ou surnuméraire aux représentants d’une autre religion en mal de lieu de célébration ? C’est à ce prix peut-être que l’Eglise pourrait retrouver un peu de crédit aux yeux de la population en attente de sens, d’inédit, d’audace, de paroles fortes (l’abbé Pierre est resté longtemps la personnalité préférée des Français, Sœur Emmanuelle fait salle comble,… alors que les églises se vident).
L’Eglise, à nos yeux, devrait davantage se rapprocher de la base : les consultations (quand elles existent !), les EAP apparaissent trop souvent comme des rustines posées sur la crise des vocations sacerdotales ; il semble clair que des communautés nouvelles naissent, que d’autres formes de rassemblement et d’engagement chrétiens se manifestent et que l’Institution, toujours en retard d’une ou deux générations, ne devrait plus laisser passer le train de sa réhabilitation aux yeux des croyants (ou humains en quête de sens) ; l’Institution devrait se positionner dans les débats de société et de vie locale : pourquoi cette inertie devant des projets qui, au nom de l’argent, vont altérer la vie quotidienne de simples citoyens : le centre de glisse d’Antoing, l’incinérateur de Thumaide.
En temps que groupe rural, ces préoccupations nous apparaissent comme prépondérantes.
Le clergé ne peut se retrancher derrière la liturgie, l’apparat, la pompe, le manque de vocations sacerdotales pour abandonner le terrain du quotidien et des grands défis du XXIème siècle. Elle devrait encourager la constitution de groupe de rencontre, de débat d’idées, d’information, de propositions. Ne pourrait-elle pas poser des gestes surprenants et interpellants : serait-il plus incongru (ou canoniquement impensable) de nommer une femme chanoinesse de la cathédrale de Tournai que d’attribuer ce titre à Monsieur Sarkozy, lui-même chanoine du Latran ? Ne préparerions-nous pas constructivement l’avenir en voyant une de nos églises ou basilique devenir la mosquée Lalla Maryam (notre mère Marie) ? Cela permettrait peut-être de contrebalancer le contre-témoignage apporté par l’un ou l’autre ecclésiastique intolérant, autoritaire, oubliant le concept même de communauté.
Wasmes, le 12 avril 2008